Salle comble le 20 novembre 2007 à la Maison des associations de Sèvres pour discuter de l’immigration et dénoncer la scandaleuse loi Hortefeux. Près de 150 personnes avaient répondu à l’appel d’un collectif unitaire regroupant des citoyens et diverses organisations locales (ASTI, Collectif citoyen du 29 mai, Collectifs de sans-papiers et Comités de Soutien aux Collectifs de Sans-Papiers du 92, Couleurs du Monde, FNDIRP, JCR, LCR, Les Verts, Mouvement de la Paix, PC, PS, RESF 92, Secours Catholique, Secours Populaire, Sèvres Débats).
Nous ne pouvions pas rester passifs face à la situation inacceptable imposée à tant de travailleurs immigrés, et à cette énième loi (3 en 4 ans) qui va aggraver toujours plus leur situation alors même que les décrets d’application des précédentes n’ont pas encore été pris…
Les participants purent d’abord voir le film « Laissez-les grandir ici ! », réalisé avec des enfants par un collectif de cinéastes en soutien au Réseau Education sans Frontières (avec une pétition à l’appui à signer sur le site du RESF).
Puis, Georges Meisner (membre de la FNDIRP) nous informa qu’ayant été un enfant juif caché victime du nazisme pendant la guerre de 40 et le régime de Vichy, il ne peut accepter les persécutions, expulsions, les rafles, les suicides… dont sont victimes tant d’étrangers aujourd’hui. Et le « Ministère de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement » ne peut que lui rappeler le « Commissariat aux affaires juives ». Cruel souvenir !
Pour sa part, Jacques Ernest (membre du Comité de Soutien des Collectifs de Sans-Papiers du 92) nous exposa les différents points les plus critiquables de cette loi
Ensuite, Emmanuel Terray, anthropologue, fit part de son expérience de chercheur et de militant au sein du 3e collectif des sans-papiers de Paris. Selon lui, l’immigration n’est pas un problème. Les mouvements migratoires ont toujours existé et sont un fait de civilisation. À l’époque contemporaine, l’immigration en Europe a contribué à la croissance et à l’emploi. Par exemple, l’Espagne a accueilli 3 millions de migrants en dix ans ; or, dans le même temps, elle a connu une large diminution de son taux de chômage, une diminution du déficit de la Sécurité sociale, et sa croissance a constamment été de 3 % par an. Ce pays a régularisé 800 000 sans-papiers en 2006. Sans prétendre démontrer a priori de lien direct entre ces faits, E.Terray pointe cependant leur parallélisme.
Il ajoute que les lois visant à « maîtriser l’immigration » vont à l’encontre d’un des droits fondamentaux les plus anciens : la liberté de circulation et d’établissement, qui fait pour lui la différence entre maîtres et esclaves.
Mais de plus, ces lois sont totalement irréalistes : on ne peut pas empêcher les mouvements migratoires. E. Terray compare l’Etat qui veut se « protéger de l’immigration » à un éléphant voulant empêcher des fourmis d’entrer sur son territoire en les écrasant. Il en écrasera beaucoup, mais beaucoup rentreront quand même. Pour l’immigration c’est le même principe. Malgré toutes les mesures répressives, il y aura toujours des étrangers qui chercheront à immigrer. Ce seront des clandestins quand ils n’auront pas de papiers. La loi Hortefeux et les précédentes ne peuvent donc que développer encore plus l’immigration « illégale », et donc fabriquer des « sans-papiers ». Cela permet au patronat de surexploiter toujours plus cette main-d’œuvre fragile car sans droits, voire de la licencier sans salaire. C’est par exemple le cas dans les secteurs à emplois dont les Français ne veulent pas (BTP, nettoyage…). Sur ce point, un intervenant précise que la ligne TGV Est a été construite par un grand nombre de travailleurs sans-papiers. En plus, l’ensemble contribue à tirer l’ensemble des salaires et des droits sociaux vers le bas, et à enrichir l’industrie des « passeurs ». Tout ceci avec la complaisance des gouvernements successifs. C’est donc une hypocrisie que de prétendre éradiquer l’immigration illégale…
En même temps, ces lois françaises visent à restreindre la libre circulation des hommes alors que la mondialisation actuelle favorise les migrations : elle réduit le coût des transports et des communications ; les capitaux, les hommes, les marchandises et la musique circulent de plus en plus. L’immigration est donc un fait incontournable. Plutôt que de l’interdire il faut mettre en place une véritable politique d’accueil des étrangers.
E. Terray formule plusieurs propositions alternatives à la politique actuelle :
- politique publique en matière de logement social, d’éducation, de santé,
- régularisation de tous les sans-papiers présents sur le territoire,
- dépénalisation du séjour irrégulier,
- fermeture des centres de rétention et des zones d’attente (à remplacer par une assignation à résidence),
- rétablissement du caractère suspensif de l’ensemble des recours,
- rétablissement de la Commission de séjour dans ses attributions,
- généralisation de la carte de séjour de 10 ans, permettant ainsi stabilité et intégration,
- obligation de motiver explicitement les refus de visas,
- suppression des restrictions au regroupement familial
- gestion de l’entrée sur le territoire par le ministère des affaires étrangères (et non par le Ministère de l’Immigration ou de l’Intérieur…).
Ces mesures immédiatement applicables ne nécessiteraient pas l’accord préalable de l’Union Européenne. Elles ne supprimeraient ni les frontières ni les visas. Mais, elles permettraient de rétablir les migrants dans leurs droits humains élémentaires.
Le débat fut fourni et enrichissant pour tous. Plusieurs membres de collectifs de sans-papiers ont témoigné des difficultés auxquelles ils sont confrontés quotidiennement dans leurs démarches, de leur peur de la police, de leur souffrance permanente, des vies brisées, des drames mortels que cela provoque. L’émotion provoquée par l’évocation de ces situations était palpable.
Concrètement et en conclusion, l’implication de tous apparut comme nécessaire pour renforcer le soutien aux immigrés en général. Il faut développer l’information et organiser les parrainages par des associations et collectivités locales.
Une pétition a été lancée pour réclamer la suppression de cet infâme « Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement » et l’abrogation de la Loi Hortefeux (signature sur :
http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1429).
Des extraits de la vidéo de la soirée seront disponibles d’ici quelques jours sur :
http://www.dailymotion.com/refusons_l_inacceptable
Contacts :
Isabelle Vacher : 06 13 70 09 61
Georges Meisner : 01 46 26 19 14
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