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Sèvres

Samedi 31 mars 2007

Plus d’une centaine de jeunes en pleine force de l’âge , les « 18 ans » conviés à une cérémonie citoyenne de remise des cartes d’électeurs. C’est la première année d’instauration de cette initiative intéressante et les jeunes ont été nombreux à répondre à l’invitation du maire.

Celui-ci, ne voulant pas polémiquer et donner une mauvaise image de la politique, avait eu la prudence de ne pas inviter les élus de gauche et des verts. Pris sur le fait au conseil municipal, il a pu arguer que les travaux de la mairie et tous les soucis qu’ont les services avaient fait qu’on avait pu oublier un peu les malfaisants.
Ceux-ci ont finalement reçu une jolie invitation par porteur. Donc Catherine et moi, nous sommes allés saluer la jeunesse citoyenne.

 

Les jeunes sont arrivés, ils ressemblent à Sèvres aux jeunes que je connais, grands et bien nourris, l’air sympathique. Comme ils étaient nombreux et face à nous, j’ai suggéré que nous reculions avant qu’ils ne nous chargent mais Catherine m’a affirmé qu’ils étaient pacifiques. Pourtant, les journaux …

 

 

 

Les jeunes venaient chercher leur carte d’électeur, ils entrent au sel, sans méfiance et hop, le maire en profite pour faire un discours « républicain ». Il y a deux sortes de discours républicains, il y a celui de droite et celui de gauche.

Devinez lequel nous a sorti le maire. Ila beaucoup parlé des droits et des devoirs et surtout que maintenant, on pouvait les enfermer à cause de leur majorité pénale et que parmi les droits de l’homme et du citoyen de 1789, il y avait surtout le droit d’entreprendre.

 

C’est vrai, qu’en 1789, la première préoccupation des constituants était de faire baisser les charges des entreprises et de lutter contre l’isf. En cherchant bien, je crois qu'il devait faire référence à l'article 18 de la déclaration. Il n'y en a que 17 mais bon, les révolutionnaires ont du avoir un oubli.

C’est donc un nouveau droit de l’homme umpiste qui augure bien de la suite. Il a oublié de parler des devoirs des entrepreneurs, mais ça cela va de soit sans le dire. Puis il a évoqué rapidement l’article : « Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. » et sans rire, il a dit qu’égalité et égalitarisme ce n’était pas la même chose et que c’était l’égalité des chances qui était dans le texte pas l’égalité elle-même.

 

Et pourtant l’article 1 n’est pas aussi clair que le maire , « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » Ils demeurent égaux, ce n’est donc pas une question de « chance ». Quant à l’utilité commune, on pourrait disserter longuement sur l’utilité que peut avoir un bon nombre de « distinctions sociales » actuelles.

 

La satisfaction de vivre dans une société où la réussite est en fonction de nos vertus et de nos talents éclaira les visages des jeunes et des élus.

 

Par manque de temps et par volonté de ne pas coller trop à l’actualité, le maire nous évita la relation pénible de l’article 9 « Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. » et de l’article 12 :

 

« La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

 

Le maire finit son discours mais à sa gauche s’était résolument installée une juge du tribunal de grande instance qui tenait elle aussi à son discours. Elle commença par affirmer que le maire ayant tout dit, elle n’avait rien à ajouter mais ce n’était qu’une feinte. Elle fit un discours très étoffé, assez long et plutôt républicain de gauche, genre, engagez-vous dans la vie publique, contrôlez vos élus, ne lâchez pas votre droit de vote etc. On sentait que tout cela était bien long et que l’édile n’avait pas prévu la logorrhée républicaine de la magistrate. On est allé assez loin puisque Lucie Aubrac fut évoquée, je ne sais plus trop à quel escient.

 

Ensuite, deux jeunes, un garçon et une fille, au prix d’un casting d’enfer, eurent droit à la remise de leur carte par le maire mais les autres étaient attendus de pied ferme par les employés de l’état civil.

 

Assaut du buffet où j’arrivais à m’imposer en écartant deux trois jeunes téméraires, ce n’est pas aux vieux …

 

 

par Frédéric Puzin publié dans : Sèvres aujourd'hui
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