Frédéric Puzin
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Les films américains sur la délinquance juvénile se multipliaient au milieu des années 50 après « Graine de violence », « La fureur de vivre ». A quel point cette fiction est l'image exacte de la réalité, nous le lisons dans un article de Claude Julien, " La délinquance juvénile aux U.S. A. ", publié dans « Le Monde » et "repris par « La revue de criminologie et de police technique » de janvier-mars 1956.
(...)
La délinquance juvénile est-elle vraiment la « honte de l'Amérique », comme le déclare dans ses conclusions le rapport d'une commission d'enquête du Sénat américain ? Cette commission comprenait entre autres le sénateur Kefauver, qui s'était déjà fait remarquer par son enquête sur le gangstérisme.
Comment se fait-il que le nombre d'infractions à la loi commises par des enfants ou des adolescents ait augmenté de 45 % de 1949 à 1954 ? Telle est la question à laquelle la commission se proposait de répondre.
Les chiffres qu'elle a publiés posent le problème dans toute son ampleur : en 1954 plus d'un million de jeunes Américains ont eu affaire à la police, et ce chiffre, d'après les statistiques officielles, en tenant compte de l'élévation prodigieuse du taux de natalité depuis la fin de la guerre, aura doublé avant cinq ans.
En 1953, près de cent cinquante mille jeunes ont volé des automobiles représentant une valeur totale de 100 millions de dollars, inscrivant à leur actif plus de la moitié des vols de voitures dans la même année. Environ vingt-cinq mille enfants de onze à dix-sept ans utilisent des stupéfiants.
En 1951, les tribunaux ont dû s'occuper non seulement de trois cent cinquante mille jeunes délinquants, mais aussi quatre cent cinquante mille enfants abandonnés ou enlevés à leur famille.
L'enquête révèle qu'aucun groupe d'âge n'a commis autant de crimes graves que les jeunes gens et jeunes filles de dix-huit ans ; c'est entre treize et quinze ans, soit en gros l'âge de la puberté, que les jeunes délinquants sont pour la première fois appréhendés par la police ; or les jeunes délinquants connus sont, dans la majorité, âgés de quinze à dix-sept ans, ce qui prouve que la plupart sont des récidivistes.
Les conclusions de l'enquête insistent longuement sur les insuffisances de l'appareil administratif qui devrait limiter, les effets de ce redoutable fléau. En effet, un tiers environ des villes de plus de vingt mille habitants n'ont même pas prévu dans leurs services de police une personne pour s'occuper spécialement de la délinquance juvénile. Il existe sept mille probation officers devant qui doivent se présenter régulièrement les jeunes délinquants qui ne sont pas envoyés en maison de détention ou de rééducation. Il en faudrait, estime la commission, quarante mille pour faire face aux besoins connus.
Les trois mille tribunaux pour enfants actuellement existants ne disposent que rarement du personnel spécialisé nécessaire : enquêteurs, assistantes sociales, médecins, psycho-techniciens, etc. Leurs locaux sont aussi insuffisants, et il arrive trop souvent qu'un jeune arrêté par la police doive passer la nuit dans la même cellule qu'un adulte condamné. Les enquêteurs n'ont pas tenté de dissimuler la responsabilité des adultes. Il est difficile pour des enfants de vivre selon des principes moraux, alors qu'ils sont élevés dans une société qui constamment s'efforce de bien leur faire comprendre la grande importance, d’objectifs matérialistes, écrivent-ils. Les enfants n’échappent pas aux préceptes fondamentaux de cette civilisation dans laquelle le degré de réussite personnelle s'évalue d'après le niveau de vie ou le volume du compte en banque.
Le rapport de la commission observe que l'automobile est devenue «un symbole aux yeux des enfants américains : elle signifie puissance et prestige ». C'est sans doute pour se sentir audacieux et importants que cent cinquante mille jeunes ont volé des voitures. L'adolescent qui veut conduire sa girl friend au bal sait fort bien qu’il ne manquera pas de l’impressionner favorablement s'il peut la conduire en auto. Réduit à utiliser tes moyens de transport en commun, non seulement son prestige en souffrirait, mais encore il risquerait fort de perdre son amie au profit d'un concurrent privilégié. En outre la. voiture permet de fuir la ville où l'on est trop connu, et au besoin de passer dans un Etat voisin où la vente des boissons alcoolisées est moins strictement .réglementée.
Aux abords de la frontière mexicaine, l’automobile permet aux jeunes gens, d'aller au pays voisin se ravitailler en marijuana. Dans le comté de San-Diego, en quatre mois, mille deux cent vingt et un adolescents ont été arrêtés, revenant du Mexique avec leur provision de narcotiques. La drogue effectue ses ravages dans tout le pays. On évalue à plus de deux mille le nombre de « débitants » sur la côte Est. Dans la ville d'Oklahoma, deux cent cinquante garçons et filles utilisent des stupéfiants ; ils se regroupent pour organiser des sex parties qui, en dix-huit mois, ont conduit sept cent cinquante-deux adolescentes dans un centre d'avortement, clandestin découvert près de la ville.
Le film « Graine de violence » donne une idée de ce que sont les gangs d'écoliers. La pratique la plus répandue consiste pour les plus forts à rançonner les plus petits, à raison de quelques cents ou 1 dollar par semaine. Les « victimes » se plaignent rarement, soit par crainte des représailles, soit par besoin de participer à une bande qui en cas de nécessité les protégera contre un gang concurrent. L'enquête cite le cas du jeune Eddie, élève d'une école secondaire ' de Washington, qui osa se plaindre à son père et fut grièvement blessé par les meneurs du gang après, une poursuite automobile de plusieurs heures. Dans une grande ville comme New-York, les rivalités de gangs d'enfants font plusieurs morts chaque année; en juin dernier l'un de ces meurtriers, fut condamné à la chaise électrique. Il avait seize ans. .
Un tribunal de Worcester (Massachusetts) a condamné le 31 janvier cinq jeunes gens âgés de quinze à vingt ans à la détention perpétuelle pour le meurtre, en juillet dernier, d'un peintre en chômage. Ce crime leur avait rapporté 12 cents, soit à peine 50 francs français. Le 2 février, à Scranton (Pennsylvanie), une jeune fille de seize ans tue sa mère, qui s'opposait au mariage qu'elle avait projeté. Le 10 février la police de Chicago arrête trois adolescents qui transportaient dans une voiture des instruments de torture ; ils sont soupçonnés du meurtre de trois jeunes garçons âgés de onze à treize ans, assassinés en octobre dans d'atroces circonstances. Le 12 février, à Wheeling (Virginie occidentale), deux jumeaux de quatorze ans sont arrêtés pour le meurtre d'un garçonnet de neuf ans.
Je rédige une thèse de doctorat sur le rock'n'roll et serais très intéressé par la lecture des articles cités dans "La délinquance juvénile aux usa il y a 50 ans"
Pourriez-vous me les faire remonter svp? (Je parle de l'article de Claude Julien, introuvable dans les archives du Monde, tout comme celui de la RICPTS)
Vous remerciant par avance de votre intérêt
et bien sûr d'avoir posté cet article!!!
Guillaume.