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Sèvres

Mardi 24 avril 2007

J'ai évidemment éprouvé une réelle déconvenue du résultat obtenu par notre candidate et je ne me satisfait pas que les verts obtiennent à peine plus que René Dumont en 1974. C'est peu, c'est très peu. Nul doute qu'une réflexion active sur notre positionnement, notre comportement, la perception que nous donnons ne soit indispensable. Le vote utile a joué à plein mais pourquoi sommes-nous incapables d'occuper la place prise par François Bayrou sur l'échiquier politique? Je considère que nous avons mieux et plus concret à apporter et pourtant...

Pour autant, j'ai connu des périodes difficiles avec les verts où, par exemple en 1988, nous étions 36 adhérents sur l'ensemble des Hauts-de-Seine. Nous n'avions quasiment aucun élu, n'étions représentés quasiment nulle part. Nous avons fait un travail énorme, nous imposant dans de nombreuses communes et construisant un vrai parti écologiste. J'ai toujours été sceptique sur le "ni droite-ni gauche" qui nous a permis néanmoins de fédérer de nombreux électeurs. Mais cette posture est intenable car les contradictions entre nos valeurs et celles de certains de nos partenaires de l'époque étaient trop importantes. Il se trouve que c'est avec le parti socialiste que nous avons choisi de contracter en espérant ne pas être étouffés. Le virage à gauche a été sans doute aussi trop brutal puisque nous avons donné l'impression de renier nos électeurs primitifs, vite qualifiés de "bobos", pour nous décréter le règne de "l'écologie populaire".

Comment contester que la crise écologique touche d'abord ceux qui sont les plus défavorisés mais comment construire une alternative en ne s'adressant qu'à un électorat dit "de gauche" et souvent "à gauche de la gauche" et en abandonnant nos anciens électeurs? Le résultat ne s'est pas fait attendre.

Dominique Voynet a su, et sa profession de foi en est la démonstration, retrouver nos racines écologistes. Quelque soit l'estime que j'éprouve pour certains combats de José Bové, je crois que ces regroupements activistes sont sans issues. On se fait plaisir en clamant "tous ensemble" et on se retrouve, malgré la mobilisation de ce que le "mouvement social" compte de militants les plus engagés avec un discours déconnecté des préoccupations d'une très large majorité des citoyens.

Noël Mamère a eu raison de penser que Nicolas Hulot ne nous a pas fait du bien. Il a laissé croire que la crise écologique était soluble dans le consensus, sans crise et avec de la bonne volonté. Les sondés, qui ne souhaitent que l'harmonie pour beaucoup, ont plébiscité un homme qui, à l'image de François Bayrou, gomme les conflits de fond et ne tranche réellement sur aucun problème. 

Avons-nous eu raison de crédibiliser la démarche de Nicolas Hulot, qui, lui, à aucun moment n'a voulu s'engager à nos côtés? Pourquoi? Pour sauvegarder un capital de sympathie, qui s'évanouirait s'il faisait un pas vers un parti qui se range résolument aux côtés de la gauche et développe une critique du système qui n'est pas complaisante avec tout le monde.

Nous avons une relation étroite et en même temps conflictuelle avec le parti socialiste. Nous gérons de nombreuses régions et villes ensemble avec des difficultés, des remises en cause, mais aussi avec loyauté et engagement.

Je voterai avec détermination pour Sègolène Royal et vous engage à faire de même. J'ai commis les mois précédents plusieurs articles plus ou moins critiques sur ses positions. Je crois que beaucoup n'acceptent pas qu'une femme de caractère ait pu se hisser à un tel niveau et je n'ai jamais vraiment été choqué par ses déclarations sauf peut-être sur la rapidité de la justice chinoise.

Dès le début de cette campagne, j'espérai avoir à voter Ségolène Royal au second tour de cette élection, cela signifiait que nos combats communs n'étaient pas sans issues. Plus de 5% des suffrages auraient été préférables pour la promotion de nos valeurs mais comme nous avons été collectivement incapables de briser le plafond promis par les sondages, nous ne pouvons pas reprocher aux autres candidats nos propres faiblesses.

Nous présenterons des candidats écologistes dans toutes les circonscriptions du département. Les verts constitueront toujours une force avec laquelle il faut compter car nos idées ne sont pas solubles et la pertinence de nos combats ne s'évanouira pas. La crise écologique est là. Elle se développe durablement. Nicolas Sarkozy nous accompagnerait au bord du précipice, peut-être un peu plus loin, Ségolène Royal avec des verts forts et bien représentés, grâce à vous, peut faire beaucoup pour enrayer le mécanisme infernal justement dénoncé par nous depuis notre création.

 

par Frédéric Puzin publié dans : Commentaires
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