Frédéric Puzin
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La Médiathèque peut prêter le livre de Christian Bernadac « L’holocauste oublié » le massacre des tsiganes (éditions France-Empire 1979) où ils sont réprouvés parmi les réprouvés.
Extraits
Suzanne Weinstein — «Le soleil» de Genthin et Hélène Rabinatt — «Ansa» — ont parfaitement compris et interprété le particularisme concentrationnaire tsigane. C'est pour cette raison que leur témoignage inédit devait prendre place en ouverture de ce dossier sur un holocauste oublié, pour ne pas dire inconnu. En recoupant l'ensemble des récits ou documents publiés sur la déportation je devais arriver à la conclusion que les tsiganes ont été rejetés par l'ensemble des déportés qui représentaient trente-deux ou trente-cinq nationalités. Il suffit pour s'en persuader de relever les quelques rares phrases qui leur sont consacrées dans les récits de survivants :
— Les gitanes, ces sales voleuses lâches parmi les lâches, pleurnicheuses, couvertes de vermine...
— Un troupeau de bohémiennes, repoussantes de saleté, ignorantes, voleuses...
— Un grand tsigane voleur et menteur : comme tous ceux de sa race qui n’attendait qu’un signe des S.S. pour devenir assassin...
On pourrait multiplier ces jugements rapides publiés, je le répète, par les codétenus des tsiganes de la plupart des camps de concentration. Ils émanent en général de déportés qui se sont contentés de « raconter » leur survie quotidienne, refusant d'analyser — mais comment auraient-ils pu franchir la barrière de la communication parlée ou des différences de comportement ? — ce qui leur était étranger ou qu'ils ne comprenaient pas. En une seule phrase « toute faite », ils se débarrassaient d'un problème que, par ailleurs, ils ne s'étaient jamais posé. Je dois avouer que ce fut ma première grande déception à la lecture de ces centaines de documents. Plus grave, lorsque ces lieux communs émanent de professeurs d'université, d'écrivains, de journalistes ou de prêtres. Deux exemples suffiront. Joseph Onfray, dans un livre d'une grande élévation morale, consacre seulement quatre lignes aux tsiganes de Buchenwald :
— On ne peut pas ne pas mentionner les gitans, des «tsiganes plus que tous pilleurs et voleurs : beaucoup de jeunes enfants de douze-quatorze ans, précocement vicieux.
Professeur Paul Hagenmuller :
— Les tsiganes nous parurent avoir en gros deux caractéristiques : la passion du vol et celle de la musique.
Professeur Charles Richet1 :
— Quant aux tsiganes, leur disparition totale n’eût affecté dans le camp qu'un petit nombre de philanthropes déterminés...
De tels raccourcis, caricaturaux, se comptent par centaines dans les « souvenirs » de Français, Belges, Néerlandais, Allemands, Polonais, Italiens, etc. Une ligne par-ci, une ligne par-là. Toujours la même.
La seconde déception — toujours à la lecture des récits — est la constatation de l'ignorance — est-elle volontaire? — de la présence de tsiganes dans les camps de concentration. Comment imaginer qu'un déporté qui a traversé les jours et les nuits de Dachau, d'Auschwitz, de Buchenwald, de Mauthausen ou d'Oranienburg pendant des mois ou des années oublie de signaler la présence de centaines, de milliers de tsiganes. C'est impensable. C'est pourtant la réalité de la plupart des ouvrages consacrés à l'univers concentrationnaire : pas une ligne. Même toute faite. Silence. Oubli. Tsiganes : connais pas. Et pourtant sait-on que parmi les soixante mille déportés français morts dans les camps de concentration (si l'on excepte les déportés de la Solution finale du problème juif), quinze mille étaient tsiganes. Un sur quatre.
Sait-on enfin que le « Massacre des tsiganes » fit en Europe 230 000 victimes 2 et que la grande majorité des documents allemands traitant du problème de la « Solution finale », c'est-à-dire de l'extermination pure et simple, parlent de la « Solution finale des juifs et des tsiganes ». Aujourd'hui, écrire « Solution finale » signifie « Solution finale du problème juif ». Devant l'immensité du crime commis par le Reich à rencontre des juifs européens, nous oublions — même les historiens — ces 230 000 tsiganes qui disparurent dans la fumée des crématoires ou des bûchers dressés par les Einsatzgruppen.
VERS LE GÉNOCIDE
Si l'Allemagne nazie accomplit radicalement le traitement du problème tsigane sans que s'élève la moindre protestation, aussi bien sur son territoire qu'en Europe occupée, on peut difficilement comprendre le silence des nations libres. Nous savons le gigantesque mouvement de protestation qui se tissa dans le monde entier contre l'euthanasie des incurables (Hitler dut en interrompre la réalisation) et contre l'extermination des juifs. Révolte qui, bien souvent, était suivie d'actes d'aide et d'accueil. De véritables réseaux de secours, chargés de favoriser la clandestinité, se constituèrent ; au moins deux Etats, qui cependant n'étaient plus souverains, refusèrent de livrer « leurs juifs ».
Rien de comparable ou d'approchant dans le déroulement jusqu'à son aboutissement, de la persécution tsigane. Seulement quelques « indignations » régionales bien vite tues et des tentatives isolées « d'amitié » émanant de prêtres, de personnel sanitaire qui étaient au contact des tsiganes dans les centres de regroupement.
Pour les tsiganes qui, aujourd'hui, s'interrogent, dans le monde, sur les raisons de cette indifférence, elles sont évidentes. Les juifs, depuis des siècles, même combattus et méprisés, étaient intégrés dans la vie des cités et des nations. Les tsiganes, dans leur grande majorité, avaient refusé toute modification, mieux toute altération de leur originalité ethnique. Certainement chaque Européen connaissait, personnellement, une ou plusieurs familles juives. Qui peut, aujourd'hui, dire qu'il connaît un tsigane ou seulement le nom d'un tsigane. Mais cette explication ne suffit pas. Le préjugé, entretenu par d'incessantes répressions « officielles », a abouti à cet inquiétant paradoxe : être contre les tsiganes c'est être avec la loi. Oui, le terrain propice à la « Solution finale» était parfaitement débroussaillé lorsque le national-socialisme s'empare du pouvoir en 1933.
Toutes les exactions imaginables — à l'exception des chambres à gaz — avaient été prévues, décrites, mises en œuvre par d'autres gouvernements : déportation massive en Louisiane (France, 1802), enlèvement des enfants tsiganes à leurs parents (Allemagne, 1830), expulsions années (Grande-Bretagne, 1912), interdiction de la langue ou des vêtements tsiganes (plusieurs régions de France, Espagne, Portugal), interdiction de mariage entre tsiganes, du nomadisme; automatisation du servage (Roumanie), dissolution des mariages entre tsiganes et non-tsiganes (Hongrie), confiscation des biens, interdiction de posséder un cheval, une roulotte, d'exercer certains métiers, d'acheter une maison (Portugal). Obligation de présenter un livret anthropométrique à toute réquisition (France). Projet de marquage au fer (Hongrie, 1909) ou de stérilisation (Norvège, 1930). (…)
(...)Au printemps, la Hongrie ouvre son « rideau de fer ».
À la fin de l'été, les Allemands de l'Est se mettent à quitter le pays par centaines, puis par milliers, sous prétexte de vacances en Hongrie, où les frontières sont ouvertes. En trois semaines, 25 000 citoyens de la RDA rejoignent la RFA via la Hongrie et l'Autriche. À Prague, à Varsovie, des dizaines de milliers d'Allemands de l'Est font le siège de l'ambassade de RFA. En RDA, la contestation enfle. Les églises protestantes, comme celle de Saint Nikolai à Leipzig, accueillent les prières pour la paix. Elles sont le germe des manifestations du lundi à partir de septembre. 20 000 manifestants défilent dans les rues de Leipzig le 3 octobre 1989. Mikhaïl Gorbatchev, venu à Berlin-Est célébrer le quarantième anniversaire de la naissance de la RDA, indique à ses dirigeants que le recours à la répression armée est à exclure. Malgré une tentative de reprise en main par des rénovateurs du Parti communiste, les manifestations continuent : un million de manifestants à Berlin-Est le 4 novembre, des centaines de milliers dans les autres grandes villes de la RDA.
Cinq jours plus tard, une conférence de presse est tenue par Günter Schabowski, membre du bureau politique du SED, retransmise en direct par la télévision du centre de presse de Berlin-Est, à une heure de grande écoute. À 18h57, vers la fin de la conférence, Schabowski lit de manière plutôt détachée une décision du conseil des ministres sur une nouvelle règlementation des voyages, dont il s'avère plus tard qu'elle n'était pas encore définitivement approuvée, ou, selon d'autres sources, ne devait être communiquée à la presse qu'à partir de 4h le lendemain matin, le temps d'informer les organismes concernés :
Présents sur le podium à côté de Schabowski : les membres du comité central du SED : Helga Labs, Gerhard Beil et Manfred Banaschak.
Schabowski lit un projet de décision du conseil des ministres qu'on a placé devant lui : « Les voyages privés vers l'étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs — motif du voyage ou lien de famille. Les autorisations seront délivrées sans retard. Une circulaire en ce sens va être bientôt diffusée. Les départements de la police populaire responsables des visas et de l'enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur n'aient à être remplies. Les voyages y compris à durée permanente peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA. »
- Question d'un journaliste : « Quand ceci entre-t-il en vigueur ? »
- Schabowski, feuilletant ses notes : « Autant que je sache — immédiatement. »
Grâce aux annonces des radios et télévisions de RFA et de Berlin-Ouest, intitulées : « Le Mur est ouvert ! », plusieurs milliers de Berlinois de l'Est se pressent aux points de passage et exigent de passer. À ce moment, ni les troupes frontalières, ni même les fonctionnaires du ministère chargé de la Sécurité d'État responsables du contrôle des visas n'avaient été informés. Sans ordre concret ni consigne mais sous la pression de la foule, le point de passage de la Bornholmer Straße est ouvert peu après 23h, suivi d'autres points de passage tant à Berlin qu'à la frontière avec la RFA. Beaucoup assistent en direct à la télévision dès cette nuit du 9 novembre et se mettent en chemin. C'est ainsi que le mur de Berlin tombe dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, après plus de 28 années d'existence. Cet événement a été appelé dans l'histoire de l'Allemagne die Wende (« le tournant »).
Les films américains sur la délinquance juvénile se multipliaient au milieu des années 50 après « Graine de violence », « La fureur de vivre ». A quel point cette fiction est l'image exacte de la réalité, nous le lisons dans un article de Claude Julien, " La délinquance juvénile aux U.S. A. ", publié dans « Le Monde » et "repris par « La revue de criminologie et de police technique » de janvier-mars 1956.
(...)
La délinquance juvénile est-elle vraiment la « honte de l'Amérique », comme le déclare dans ses conclusions le rapport d'une commission d'enquête du Sénat américain ? Cette commission comprenait entre autres le sénateur Kefauver, qui s'était déjà fait remarquer par son enquête sur le gangstérisme.
Comment se fait-il que le nombre d'infractions à la loi commises par des enfants ou des adolescents ait augmenté de 45 % de 1949 à 1954 ? Telle est la question à laquelle la commission se proposait de répondre.
Les chiffres qu'elle a publiés posent le problème dans toute son ampleur : en 1954 plus d'un million de jeunes Américains ont eu affaire à la police, et ce chiffre, d'après les statistiques officielles, en tenant compte de l'élévation prodigieuse du taux de natalité depuis la fin de la guerre, aura doublé avant cinq ans.
En 1953, près de cent cinquante mille jeunes ont volé des automobiles représentant une valeur totale de 100 millions de dollars, inscrivant à leur actif plus de la moitié des vols de voitures dans la même année. Environ vingt-cinq mille enfants de onze à dix-sept ans utilisent des stupéfiants.
En 1951, les tribunaux ont dû s'occuper non seulement de trois cent cinquante mille jeunes délinquants, mais aussi quatre cent cinquante mille enfants abandonnés ou enlevés à leur famille.
L'enquête révèle qu'aucun groupe d'âge n'a commis autant de crimes graves que les jeunes gens et jeunes filles de dix-huit ans ; c'est entre treize et quinze ans, soit en gros l'âge de la puberté, que les jeunes délinquants sont pour la première fois appréhendés par la police ; or les jeunes délinquants connus sont, dans la majorité, âgés de quinze à dix-sept ans, ce qui prouve que la plupart sont des récidivistes.
Les conclusions de l'enquête insistent longuement sur les insuffisances de l'appareil administratif qui devrait limiter, les effets de ce redoutable fléau. En effet, un tiers environ des villes de plus de vingt mille habitants n'ont même pas prévu dans leurs services de police une personne pour s'occuper spécialement de la délinquance juvénile. Il existe sept mille probation officers devant qui doivent se présenter régulièrement les jeunes délinquants qui ne sont pas envoyés en maison de détention ou de rééducation. Il en faudrait, estime la commission, quarante mille pour faire face aux besoins connus.
Les trois mille tribunaux pour enfants actuellement existants ne disposent que rarement du personnel spécialisé nécessaire : enquêteurs, assistantes sociales, médecins, psycho-techniciens, etc. Leurs locaux sont aussi insuffisants, et il arrive trop souvent qu'un jeune arrêté par la police doive passer la nuit dans la même cellule qu'un adulte condamné. Les enquêteurs n'ont pas tenté de dissimuler la responsabilité des adultes. Il est difficile pour des enfants de vivre selon des principes moraux, alors qu'ils sont élevés dans une société qui constamment s'efforce de bien leur faire comprendre la grande importance, d’objectifs matérialistes, écrivent-ils. Les enfants n’échappent pas aux préceptes fondamentaux de cette civilisation dans laquelle le degré de réussite personnelle s'évalue d'après le niveau de vie ou le volume du compte en banque.
Le rapport de la commission observe que l'automobile est devenue «un symbole aux yeux des enfants américains : elle signifie puissance et prestige ». C'est sans doute pour se sentir audacieux et importants que cent cinquante mille jeunes ont volé des voitures. L'adolescent qui veut conduire sa girl friend au bal sait fort bien qu’il ne manquera pas de l’impressionner favorablement s'il peut la conduire en auto. Réduit à utiliser tes moyens de transport en commun, non seulement son prestige en souffrirait, mais encore il risquerait fort de perdre son amie au profit d'un concurrent privilégié. En outre la. voiture permet de fuir la ville où l'on est trop connu, et au besoin de passer dans un Etat voisin où la vente des boissons alcoolisées est moins strictement .réglementée.
Aux abords de la frontière mexicaine, l’automobile permet aux jeunes gens, d'aller au pays voisin se ravitailler en marijuana. Dans le comté de San-Diego, en quatre mois, mille deux cent vingt et un adolescents ont été arrêtés, revenant du Mexique avec leur provision de narcotiques. La drogue effectue ses ravages dans tout le pays. On évalue à plus de deux mille le nombre de « débitants » sur la côte Est. Dans la ville d'Oklahoma, deux cent cinquante garçons et filles utilisent des stupéfiants ; ils se regroupent pour organiser des sex parties qui, en dix-huit mois, ont conduit sept cent cinquante-deux adolescentes dans un centre d'avortement, clandestin découvert près de la ville.
Le film « Graine de violence » donne une idée de ce que sont les gangs d'écoliers. La pratique la plus répandue consiste pour les plus forts à rançonner les plus petits, à raison de quelques cents ou 1 dollar par semaine. Les « victimes » se plaignent rarement, soit par crainte des représailles, soit par besoin de participer à une bande qui en cas de nécessité les protégera contre un gang concurrent. L'enquête cite le cas du jeune Eddie, élève d'une école secondaire ' de Washington, qui osa se plaindre à son père et fut grièvement blessé par les meneurs du gang après, une poursuite automobile de plusieurs heures. Dans une grande ville comme New-York, les rivalités de gangs d'enfants font plusieurs morts chaque année; en juin dernier l'un de ces meurtriers, fut condamné à la chaise électrique. Il avait seize ans. .
Un tribunal de Worcester (Massachusetts) a condamné le 31 janvier cinq jeunes gens âgés de quinze à vingt ans à la détention perpétuelle pour le meurtre, en juillet dernier, d'un peintre en chômage. Ce crime leur avait rapporté 12 cents, soit à peine 50 francs français. Le 2 février, à Scranton (Pennsylvanie), une jeune fille de seize ans tue sa mère, qui s'opposait au mariage qu'elle avait projeté. Le 10 février la police de Chicago arrête trois adolescents qui transportaient dans une voiture des instruments de torture ; ils sont soupçonnés du meurtre de trois jeunes garçons âgés de onze à treize ans, assassinés en octobre dans d'atroces circonstances. Le 12 février, à Wheeling (Virginie occidentale), deux jumeaux de quatorze ans sont arrêtés pour le meurtre d'un garçonnet de neuf ans.
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